Trois salariés ont été condamnés mercredi par le tribunal correctionnel de Saverne (Bas-Rhin) à un mois de prison avec sursis pour avoir attaché avec du ruban adhésif "pour rigoler" un collègue camerounais sur leur lieu de travail.
Ils ont également été condamnés à payer solidairement 1.000 euros de dommages et intérêts à la victime, Théodore N'Kamdo, un Camerounais de 44 ans.
Le parquet avait requis des "peines d'avertissement" d'un mois de prison avec sursis et 800 euros d'amende.
Les faits de violences volontaires en réunion sont parfaitement caractérisés car le ligotage de la victime, "physiquement et moralement douloureux", était en outre "particulièrement humiliant", a-t-elle estimé.
L'affaire remonte à janvier 2003 lorsque, à l'issue d'un pot à l'usine Osram SAS (fabrication d'ampoules) de Molsheim (Bas-Rhin), Théodore N'Kamdo avait été attaché avec du ruban adhésif à un poteau de son atelier par des collègues, maintenu pendant de longues minutes à plusieurs centimètres du sol.
Déposée en novembre 2004, la plainte visait également Osram ainsi qu'un chef d'équipe pour des faits de discrimination raciale, finalement non retenus à l'issue de l'instruction faute de charges suffisantes.
A la barre, les trois prévenus, âgés de 25 et 30 ans, ont reconnu les faits mais se sont employés à les minimiser, arguant qu'il ne s'agissait que d'une banale "plaisanterie" entre collègues.
"Théodore passait par là, le scotch était là, le poteau était là, c'est venu sans discussion. Il l'a pris à la rigolade, bon enfant, il a crié +au secours+, mais c'était en plaisantant", a assuré Raphaël Jenny, 30 ans.
Interrogé à propos d'une injure raciste à l'encontre de la victime, M. Jenny a reconnu avoir déclaré "bamboula, descends de ton cocotier", mais à une autre occasion et uniquement "parce qu'il était dans les nuages, pour qu'il se réveille".
Julien Decopons, 25 ans, a expliqué comment ils avaient "attrapé" M. N'Kamdo avant de le "scotcher". "On a pris une photo et on l'a détaché. Ensuite, une bonne poignée de mains et on s'est dit +sans rancunes+", a-t-il expliqué.
Jean Nicolas, 25 ans lui aussi, a reconnu être l'auteur du cliché qui a par la suite circulé dans l'entreprise. Là encore, nulle intention malveillante à ses yeux, il s'agissait simplement de "garder un souvenir d'une bonne ambiance".
Théodore N'Kamdo, licencié il y a quelques mois après une transaction avec Osram, a évoqué ses souffrances psychologiques qui persistent à ce jour et lui interdisent toute reprise d'activité depuis avril 2004.
"Ca me fait tellement mal, je me sens toujours attaché à ce poteau, je n'ai pas pris ça pour une plaisanterie, à un moment j'ai pensé à l'esclavage", a-t-il dit.
"Ce n'est pas une bonne blague mais une agression raciste" perpétrée par des "individus lâches dans l'âme", a martelé son avocat Me Raphaël Nisand, pour qui l'absence de qualification raciste dans cette affaire est un "véritable cadavre dans le placard".
Invoquant la thèse de la "plaisanterie", leur défenseur Me Jacques Vivien Debré a plaidé la relaxe, estimant que cette affaire avait été placée "dans un contexte raciste qui ne figure pas au dossier"